La marche de la jeunesse pour la planète

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Date: 18 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nul ne peut être insensible au cri du cœur de la jeunesse mondiale envers les gouvernements de toute la planète leur demandant d’agir pour contrer les changements climatiques. Après tout, c’est de sauver la maison de tout le monde dont il est question. Là où tout se complique, c’est ce cri du cœur pour agir, mais c’est agir où, quand et comment ? Que veut-on faire au juste pour sauver la planète ? C’est la question à laquelle la marche de la jeunesse ne donne pas de réponses.

Tous s’entendent pour que l’on agisse promptement afin de sauver la planète et de ralentir le réchauffement climatique, mais la réalité est complexe. Par exemple, la Chine, les États-Unis et l’Inde sont les principaux responsables de l’émission des gaz à effet de serre sur la planète. Les économies occidentales y jouent aussi un grand rôle notamment le Canada avec sa production de pétrole en Alberta. Le Québec fait beaucoup mieux. Nous faisons mieux, pas parce que nous sommes plus vertueux, mais parce que nous avons accès à des ressources hydrauliques. Cela permet à l’économie québécoise de présenter un bilan beaucoup plus favorable. Par exemple, chez nous les autos électriques peuvent être une solution pour remplacer notre parc automobile alors que cela n’est pas aussi vrai pour nos voisins ontariens qui carburent à l’énergie nucléaire. Ce qui ne nous exempte pas pour autant de développer de meilleurs transports collectifs partout sur le territoire québécois, mais rend plus improbable la fin du règne de l’auto-solo.

Pour ce qui est du développement urbain, le Québec fait piètre figure avec la « banlieurdisation » de son territoire urbain partout sur le territoire québécois. Cela appelle de profondes transformations à commencer par la mise hors-jeu de la plus-value foncière où l’espace urbain est un fondement de l’accumulation du capital. Il y a longtemps que la preuve de ce phénomène a été faite notamment par Alain Lipietz.  L’historien Paul-André Linteau a illustré ce phénomène avec son étude sur la ville de Maisonneuve au 19e siècle où il nous a expliqué comment les promoteurs fabriquaient une ville. Cela n’a guère changé.

Changements majeurs de nos façons de nous véhiculer, de la manière de développer nos territoires ne suffisent pas à contrer les changements climatiques. Il faudra aussi que l’on abandonne la viande et l’importation de fruits et légumes. Ce qui signifie des changements profonds de notre façon de nous alimenter. Plus d’oranges, plus de kiwis, plus de pamplemousse, plus d’avocats. Il faudra se remettre à nos racines. Même les légumineuses ne sont pas produites en si grand volume que cela. Il faudra aussi faire notre deuil de la viande. Adieu bœuf, porc, agneau, poulet, et toutes les viandes. Comme l’alimentation est une partie de notre culture identitaire, cela ne se fait pas en criant ciseau.

Le transport des personnes, l’habitation, l’aménagement urbain et l’alimentation ne sont qu’une partie de la tâche qui nous attend pour sauver la planète. Il faudra aussi renoncer à voyager en avion. Fini la découverte et l’exploration des autres cultures. Il y aura bien les voyages par Goélette qui demeurera possible, mais ça prendra beaucoup plus de temps et sera des voyages moins accessibles.

Il faudra aussi cesser d’épuiser les énergies dans tous ses gadgets électroniques téléphones mobiles, tablettes, ordinateurs portables et autres trouvailles du 21e siècle qui sont composés de minerais rares et qui puisent beaucoup d’énergie par le nuage.

Ainsi, il est clair que faire tous ces changements importants en 12 ans apparaît comme un défi colossal si l’on veut obtenir l’appui massif de la population mondiale à ces transformations majeures de nos vies. Pour nous Québécois nord-américains, cela nous amène à renoncer à nos modes de vie. La question fondamentale demeure que veut-on faire exactement pour sauver la planète ? Je crois qu’il faudra encore plusieurs marches pour nous entendre sur les réponses à ces questions.

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