Les mots et nos opinions : Génocide, so what!

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Date: 5 juin 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Tous, nous le savons. Le choix des mots que nous utilisons et leur signification ont beaucoup d’incidence dans la qualité de nos échanges démocratiques. Des sociologues et des historiens et politologues ont souvent consacré des ouvrages à expliquer l’importance des mots et des concepts dans le dialogue noué dans nos débats démocratiques et de notre vie en société.

L’un des plus célèbres est sans conteste Reinhart Koselleck. Ce dernier qui a été le chef de file du champ développé en Allemagne. De l’histoire des concepts Koselleck « ne conçoit pas ce champ comme une étude purement linguistique de termes détachés de leur contexte social, mais l’inscrit au contraire fortement dans l’histoire sociale et par l’étude de la sémantique du discours politique et social devant être considéré comme un prérequis pour une vraie compréhension des événements historiques. Il s’agit d’“une histoire langagière des concepts, attentive aux échanges incessants entre langue et société et aux écarts entre des usages actuels et des usages passés d’un même concept, étant entendu que tout maniement actuel d’un objet d’étude passé implique une histoire des concepts qui ont permis de le nommer.” »

« Koselleck est un historien allemand moderniste et contemporanéiste, généralement considéré comme l’un des plus importants du XXe siècle. Il occupait dans la discipline une position originale et ne peut être rattaché à aucune “école” historique, travaillant dans des champs aussi différents que l’épistémologie de l’histoire (Historik), l’histoire des concepts qu’il a contribué à constituer, la linguistique, les fondements anthropologiques de l’histoire et l’histoire sociale, du droit et de l’administration ». Loc. cit.

Tout cela pour dire que si l’on s’inspire de ce grand penseur et historien, notamment dans son livre Le Futur passé, il est difficile de se rallier à l’opinion de l’enquête nationale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, d’utiliser le mot génocide pour décrire la situation des femmes dans les communautés autochtones. Il ne faut cependant pas s’arrêter à l’utilisation d’un mot, que l’on soit d’accord ou pas, mais plutôt sur la réalité des femmes autochtones au pays. D’ailleurs, les politiques du gouvernement canadien, notre gouvernement, sont abominables à l’égard des nations autochtones depuis longtemps. Il est incontestable que l’on a soumis ces peuples à un régime colonial dont les Britanniques ne peuvent renier la paternité.

Le Dominion du Canada a pris le relais des politiques coloniales britanniques et la réalité des peuples autochtones a été un véritable désastre et une honte innommable pour tous les Canadiennes et les Canadiens. Laissons aux historiens et au monde académique le soin de faire le débat sur le sens du mot génocide et faisons plutôt pression sur nos politiciens qui seront bientôt en campagne électorale pour nous assurer que nous allons changer la vie de ces premières nations. Les Premières nations, victimes ou non de génocide, n’en sont pas moins en droit de réclamer d’une nation riche comme la nôtre de vivre dans la dignité.

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